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[Art .] Méthanisation en France…

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Dans le cadre de la transition énergétique, la France s’est engagée depuis plusieurs années dans le développement de la méthanisation. Au 1er Janvier 2020, on en comptait un peu plus de 800 installations contre 75 en 2010.

Cette solution est intéressante à l’échelle d’une ferme et permet de valoriser les déchets et de produire du Biogaz. L’agro-industrie a récupéré le modèle et aujourd’hui on assiste à l’implantation de méthaniseurs, aux dimensions industrielles.

Le processus de méthanisation consiste à produire du gaz le méthane (mélange de CO 2 et de CH4) à partir de déchets agricoles (lisiers, fumiers, pailles céréalières). La fermentation des déchets crée d’une part du biogaz valorisé en électricité, en chaleur ou en biométhane et d’autre part des résidus organiques, appelé digestat qui contient des matières fertilisantes.

Pour le spécialiste des sols, Claude Bourguignon – [1] qui a rejoint le collectif C.N.V.H. – [2] «C’est une catastrophe : le digestat ne contient plus de carbone. En l’épandant, on perd la matière organique du sol. On ne nourrit que les plantes et pas le sol : on ne fera jamais d’humus avec ça. Le digestat n’apporte pas d’amendement sur nos sols qui sont aujourd’hui en grande partie ruinés. C’est pire que des lisiers déjà trop riches en azote et trop pauvre en carbone ». Il ajoute « la méthanisation se fait en anaérobie, sans oxygène. Cela secrète des acides et des germes très dangereux ! Leur épandage peut tuer les organismes du sol ». Ce phénomène ajouté à la nature de certains déchets méthanisés (boues d’épuration, produits chimiques) suscite des inquiétudes et fait planer des risques de pollution de l’eau, voire sur la santé.

Le collectif scientifique de l’Assemblée Nationale en décembre 2020 – [3] s’inquiétait déjà des conséquences préoccupantes et désastreuses de ce modèle. Il rapporte que « la nature des accidents est variée et les retombées environnementales multiples. Nous relevons des incendies, des explosions, des émanations gazeuses, des ruissellements, des pollutions aquatiques, des rejets atmosphériques, aux causes variées, des conséquences sur les sols. La biodiversité est impactée puisque des mortalités piscicoles, d’insectes, d’abeilles et de vers de terre sont observées.

Les pollutions olfactives et sonores sur les riverains (sur des distances pouvant aller à quelques dizaines de kilomètres puisque les zones de stockages et d’épandages de digestat sont aussi concernées) pouvant avoir des conséquences à court et long terme.

Dans le LOT (46) un accident majeur s’est produit en mai 2021 (source de la Confédération Paysanne). Un réservoir de 400 m3 de digestat s’est répandu et infiltré  à travers les sols karstiques. Sur ces sols du Causse dans le Lot très fragiles, le digestat répandu traverse la fine couche de terre puis le calcaire et pollue la nappe phréatique.

Cela n’a pas empêché les porteurs de projets à grand renfort de subventions publiques de développer 4 méthaniseurs dans le Lot (région sud-ouest en France) en plus celui de Gramat où de nombreuses nuisances sont avérées. Il s’agit des communes suivantes : Labathude, Espeyroux, Viazac et Gorses.

J’habite à quelques kilomètres de l’un de ces villages à Cardaillac, le digestat devrait être répandu sur les champs voisins proches de nos maisons !

Selon Daniel Chateigner – [4] : « C’est que le pouvoir méthanogène donc énergétique des végétaux est plus important que des déjections animales. Pour éviter que trop de cultures ne soient ingurgitées par les méthaniseurs, Une loi impose de limiter à 15 % les déchets introduits provenant de cultures alimentaires. » Mais il n’y a pas de contrôle.

« Cela risque d’accroître notre dépendance à l’importation de maïs et de soja d’Amazonie », dénonce René Louail, ancien conseiller régional de Bretagne.

La Confédération paysanne, ajoute que les élevages ont déjà de plus en plus de difficultés à s’approvisionner en fourrage du fait des sécheresses, entrent en concurrence avec les méthaniseurs. » Son ancien porte-parole du syndicat agricole dénonce « un accaparement des terres pour la production d’énergie et défend la construction de petites unités. »

Des collectifs citoyens et scientifiques alertent sur les risques encourus pour l’environnement et les populations. On constate le manque de contrôle public préalable et postérieur à la mise en service des méthaniseurs sur les territoires. Dans le Lot, le problème est d’autant plus crucial que les sols sont constitués d’une terre fragile, traversé de cours d’eau dont la qualité est déjà menacée.

Isabelle Moisan

                                                                       citoyenne militante.

Un grand Merci à François Gillet, qui m’a transmis beaucoup d’infos sur ce sujet.

[1] Claude Bourguignon – ingénieur agronome dans la revue Sans Transition de septembre – octobre 2021.

[2] C.N.V.H. : Collectif National Vigilance Méthanisation

[3] Commission d’enquête parlementaire sur l’évaluation des politiques publiques de santé environnementale. Décembre 2020. Membre de cette commission Daniel Chateigner.

[4] Daniel Chateigner – professeur de physique à l’université de Caen et membre du C.S.N.M : Collectif National pour une Méthanisation raisonnée.

Source : ReporterreADENOS

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