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[Art.] Un futur pour l’aviation ?

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Par les temps qui courent, l’aviation n’a pas très bonne presse et est souvent pointée du doigt pour ses émissions de gaz à effet de serre. Or, en réalité la part actuelle de l’aviation dans la production de ces émissions est inférieure à 3,5% du total des émissions au niveau mondial (cf. source 1).

Mais au-delà des chiffres, il convient surtout de se poser la question: est-ce que l’industrie aéronautique travaille à des solutions plus vertueuses, ou est-elle condamnée à disparaître dans les prochaines décennies, nous privant ainsi de la faculté de voyager sur de longues distances en quelques heures, et nous contraignant à devoir prendre la route ou la mer pour visiter nos proches du bout du monde ?

La réponse est à la fois simple, à la fois complexe.

En effet, l’aviation met en oeuvre depuis un certain nombre d’années déjà, plusieurs axes d’amélioration visant à réduire son impact environnemental, que ce soit en termes de pollution, de nuisances sonores ou encore de recyclage des matériaux.

La motorisation des avions.

Le grand public ne le sait pas forcément, mais les avions de ligne de dernière génération sont équipés de moteurs moins polluants, moins bruyants, moins gourmands, tout en étant paradoxalement plus puissants que ceux de la génération précédente. En outre, cette dernière génération de turboréacteurs et turbo-propulseurs est capable de fonctionner avec du bio-kérosène, biocarburant dit de seconde génération, c’est à dire produit à partir d’huiles végétales usagées et recyclées, ainsi que de déchets de biomasse et d’ordures ménagères.

Vous souvenez-vous du film « Retour vers le futur 2 » lorsque le Doc Kennett Brown utilise des ordures pour faire fonctionner une De Lorean ? Nous y sommes presque !

Et saviez-vous que le 28 octobre dernier, un Airbus A319neo (la dernière génération de ce modèle) a effectué un vol test de 3 heures sans utiliser une seule goutte de carburant fossile ? (Cf. source 2). De même, vous l’ignorez probablement, mais depuis 2011, plus de 300’000 vols commerciaux ont été réalisés avec du carburant composé en partie de SAF (bio-kérosène). Vous avez certainement volé sur l’un d’eux sans forcément le savoir. Quant aux autres pistes de motorisation non-polluantes pour notre atmosphère, outre le bio-kérosène déjà évoqué, les industriels de l’aéronautique travaillent d’arrache-pied à développer d’une part des propulseurs électriques, et d’autre part des moteurs à hydrogène. Des solutions hybrides bio-kérosène/électrique sont également en cours de développement et de certification. (Sources 3,4,5,6)

Et les aéroports ?

Mais les efforts ne se limitent pas qu’aux moteurs des avions. Les infrastructures aéroportuaires apportent elles aussi leur contribution à la réduction des émissions polluantes, d’une part, et aux nuisances sonores d’autre part. Une première solution intéressante a été développée avec le repoussage électrique des avions au sol, ainsi que leur convoyage jusqu’à la voie de circulation (taxiway) avant la piste, par exemple sur l’aéroport de Francfort (source 7).

Les mesures au niveau du Contrôle Aérien.

Parallèlement, les agences de régulation du contrôle aérien, comme Eurocontrol en Europe, travaillent depuis plusieurs années sur plusieurs axes:

  • la réduction de la longueur des routes aériennes (« free routing »).
  • l’approche à descente continue (CDA) (qui permet aux avions de garder les moteurs au ralenti depuis le début de la descente jusqu’à l’atterrissage, économisant ainsi du carburant, et réduisant drastiquement les émissions polluantes ainsi que les nuisances sonores).
  • l’allocation de niveaux de vol à des altitudes où les effets des trainées de condensation seront moindres (en fonction des conditions météorologiques du jour et de la nuit, source 8).

La liste des mesures énumérées dans le présent article constituent bien entendu une liste non exhaustive des solutions en cours de développement. Des informations complémentaires sont disponibles sur les liens vers les publications en bas de page.

En conclusion 

Comme on peut le voir, les efforts consentis par tous les acteurs de l’aviation pour une véritable transformation vers une industrie vertueuse, sont engagés depuis un certain nombre d’années et progressent à mesure que les avancées technologiques se font jour.

Par conséquent, il est important de prendre en considération ce travail énorme effectué la plupart du temps hors du champ médiatique. Vouloir abolir le transport aérien sans chercher à savoir plus loin serait comparable à vouloir « jeter le bébé avec l’eau du bain », selon l’expression populaire.

Vincent Grondin

Spécialiste Aéronautique Indépendant

22 novembre 2021.

Source : 1- Europarl 2- Aerobuzz 3- Toulouse 4- Futura Sciences 5- Numerama 6- Aviation Pilote 7- Airlinergs 8- Eurocontrol 9- Ecologie 10- Nature 11-Science Direct 12- Itf-Oecd

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