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[Art.] Quelles sont nos valeurs ? Quel regard porter sur l’éducation ? Quelles réflexions et référents nos sociétés doivent-elles porter ?

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Les valeurs, c’est ce qui nous porte et que nous défendons dans notre quotidien de manière consciente ou inconsciente.  D’où viennent nos valeurs ? Souvent elles découlent des valeurs de la famille, ensuite de l’éducation, de notre religion, notre profession, notre rôle au sein de la société, etc. Servent-elles de référentiels pour notre vie ? Qu’on le veuille ou non, les valeurs s’acquièrent comme tout apprentissage et nous sommes amenés à nous y confronter à un moment ou un autre que l’on soit jeune ou âgé au travers de différentes expériences de la vie.

Si nous jetons un regard sur le monde dans lequel toute la planète est plongée ces dernières décennies et plus récemment avec la crise sanitaire, on ne peut s’empêcher de se demander qu’est-ce qui a fait défaut dans nos sociétés. Avons-nous occulté nos valeurs face à un monde qui avance à un rythme effréné, qui nous échappe ? La technologie a-t-elle déjà pris le dessus sur les rapports humains sans que nous puissions intervenir? Avons-nous été trop passifs ? Avons-nous fait passer en premier nos besoins matériels et notre confort, sans nous interroger sur la manière dont nous nous approprions ces biens et services ? N’avons-nous pas su prendre le temps pour nous interroger sur l’orientation de nos vies respectives?

Un ancien professeur de la Max Planck Institute en Allemagne, dépeignait le monde qui nous attend dans les prochaines décennies à l’aube de 2050. Lors d’une conférence en 2019 organisée par la fondation Globethics.net à Genève pour des représentants académiques de divers continents. Selon lui, le monde changerait de telle manière que nous pourrions nous rendre à une réunion à Tokyo dans la journée et revenir, nous n’aurions plus besoin de laver nos habits car ils seront fabriqués avec des nanotechnologies, et que ce monde de demain ne ressemblerait en rien à ce que nous connaissons aujourd’hui. Et, finalement, il se demandait si l’éthique ne constituerait pas un frein à un moment ou un autre à l’avancement de la recherche et de la technologie.

Ce type de perspective futuriste a effectivement révélé une avancée technologique dont nous n’avons pas connaissance si l’on n’est pas un expert du domaine. Mais il dénote surtout d’un réel décalage entre deux mondes, qui évoluent parallèlement entre celle de la recherche et de l’enseignement faits aux étudiants. Ceci s’est grandement confirmé entre autres dans le secteur de l’éducation suite à la crise sanitaire, laissant une disparité autant à l’intérieur d’un même pays qu’entre les continents. L’absence de matériels d’équipements ou autres infrastructures, avec le basculement brutal de la formation à distance, a privé des millions d’enfants et d’étudiants à poursuivre leur programme scolaire ou cursus ces derniers mois.

Cette rupture a obligé chaque institution à faire son propre bilan, comme cela a été partagé lors d’une conférence de Globethics.net en mars 2021 au Ghana, auprès de plusieurs représentants d’universités et organismes académiques. Le constat était très clair,  l’éthique est plus qu’une nécessité pour la survie du monde académique et la mise en place d’une performance éthique au sein des ses institutions s’avère impérative.

En effet, la crise sanitaire a également mis en exergue le rôle du secteur de l’éducation, mais surtout des éducateurs à s’assurer que nos jeunes soient prêts à faire leur place dans le monde économique et la vie publique avec une totale intégrité. Notre système éducatif aujourd’hui est-il préparé à ces nouveaux défis? Qu’en est-il de nos futurs dirigeants ?  Seront-ils à la hauteur de nos attentes et sommes-nous suffisamment informés vers quelle société veulent-ils nous amener? Est-ce une société de contrôle social, d’identité numérique et de surveillance tant sur le plan social que médical comme le soulève l’économiste Philippe Murer ? Quels sont leurs repères éthiques en tant que jeunes dirigeants de ce monde? De quelles écoles sortent-ils?

Toutes ces questions doivent trouver une réponse pour apaiser la société et nous rassurer sur notre avenir. Et pourtant, nous pensions avoir remédié à ces faiblesses après le plus grand scandale financier en 2001 de fraude d’Arthur Andersen, entrainant la chute de la firme Enron. Nous aurions pu croire que les leçons tirées de cette affaire, qui a fait vaciller l’Amérique, aurait poussé les écoles de management à introduire l’éthique comme discipline et former une nouvelle classe de dirigeants. Laquelle ? La nouvelle génération de jeunes leaders est née et on y a cru au succès de « Young Global Leaders ». Et pourtant, le constat nous laisse très perplexe. Il y a un mélange de genre et un manque d’indépendance où le privé se confond avec le public…finalement, est-ce que ces jeunes dirigeants s’y retrouvent-ils vraiment dans leur rôle en tant qu’élus ou en tant que fonctionnaire de l’état? Et sont-ils capables de se mettre au service de leur population dégagés de toutes influences. Peut-on leur ont fait encore confiance ? Est-ce vraiment à cela qu’ils veulent se consacrer et ont prêté allégeance ?

Initiative après initiative, vingt ans plus tard, on peut se demander si les choses n’ont pas empiré ?

Si on prend plus récemment le cas du chancelier Autrichien qui a démissionné pour corruption, alors même que l’Australie traversait aussi une crise avec la Première Ministre de l’Etat de Sydney qui a dû démissionner pour « un soupçon » de corruption. Il est temps de se poser les bonnes questions. Choisissons-nous nos élus pour leurs compétences ou pour leurs valeurs et engagements à servir ou à se servir ?

Et pourtant, rien n’a arrêté la promotion des lois et des instruments  pour lutter contre la corruption, la protection des lanceurs d’alerte, la loi sur la protection des données, la compliance dans le secteur bancaire, le contrôle des marchés financiers, la loi sur la bioéthique, etc. Qu’est-il sorti de tout cela` ? Les mises en œuvre ont-elles été à la hauteur des résultats attendus ?

Le même constat est tout aussi inquiétant dans le monde académique où les grandes universités ont été prises d’assaut par les grandes entreprises et laboratoires laissant peu de place à leur indépendance, notamment au niveau de la recherche, des règles déontologiques ou des principes de bioéthiques.

Ce qui nous amène à nous demander : quelle est la part de responsabilité des universités dans la formation effective des leaders des entreprises et des dirigeants de demain ? Interroger nos dirigeants sur leur éthique et sur leur indépendance et rendre des comptes aux citoyens, voici le devoir des élus et le droit du citoyen d’en exiger une réponse. Aucune loi ou état d’urgence ne peut justifier de s’y soustraire et devrait être une préoccupation première du citoyen.  L’ère des partisans devrait être dépassée. Chacun devrait prendre ses responsabilités en main pour changer la société.

Préparer les futurs dirigeants requiert une refonte de l’éducation où l’éthique fait partie intégrante du programme scolaire, du plus jeune âge à l’université. Si les valeurs et l’éthique ne s’inscrivent pas au cœur de toute matière enseignée, nous courons le danger de perpétuer une société dénuée de valeurs qui court à sa propre déchéance.

N.B. le 20.11.2021

Source : Le Mondel’HumanitéLe FigaroGlobethics.netYoung global leader

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