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Paul Adam, un parcours unique.

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LE PORTEUR DE FOUDRE – biographie

De Martine NORMAND – parution décembre 2021

En son temps, Alexandra David-Neel fut une voyageuse hors norme. Paul Adam qui la connaissait et l’avait remplacée pour une conférence qu’elle n’avait pu honorer – et pour laquelle elle le félicita – procéda différemment, avec la robe jaune qui était son sauf-conduit, mais sans argent et sans serviteurs attachés à sa personne pour le guider. Porter à la connaissance du public un parcours qui relève là aussi de l’exemplarité pourrait revivifier une pensée qui s’est égarée dans un matérialisme étouffant, au point de perdre toute valeur spirituelle.

Né à Versailles le 17 février 1917, mort à Prénovel, dans le Jura, le 8 juin 1970, Paul Adam avait treize ans lorsque, déjà las d’une existence qui lui semblait vide de sens et où ne régnaient qu’âpreté, misère et compétition, il décida, revolver en poche, d’y mettre un terme. Mais une phrase, tirée des enseignements du Bouddha et relevée au hasard d’une lecture, devait changer le cours de son existence : « Soyez votre propre flambeau ». Et s’il devenait son propre guide ? Son évolution ne devait-elle pas passer par sa propre compréhension ? Les textes sacrés des grandes religions pourraient-ils être une aide ? Il était tenté d’apprendre les langues dans lesquelles ils étaient écrits pour mieux saisir leurs significations profondes : le sanskrit pour les Veda et les Upanishad, l’hébreu pour l’Ancien Testament, le grec pour le Nouveau Testament, l’arabe pour le Coran…

À vingt ans, contraint de faire son service militaire dans l’armée française durant deux ans, il est ensuite maintenu sous les drapeaux, la France ayant déclaré la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939. Il traverse la deuxième guerre mondiale, échappant plusieurs fois à la mort. Mais il connaîtra le camp d’extermination en Allemagne. On l’en sortira pour être placé comme ouvrier agricole dans une ferme germanique, puis il sera recruté pour mettre ses compétences professionnelles au service de l’ennemi dans un camp de travail obligatoire. Revenu de cette guerre, il reprend ses lectures et se met en quête de la « connaissance cachée » qui constitue l’assise de toutes les grandes traditions, dont de nombreux textes font mention sans préciser ce qu’elle est. Pour lui, il ne suffit pas de croire, il est nécessaire de savoir.

Trouvera-t-il le sésame permettant d’ouvrir à la compréhension des écrits religieux, souvent hermétiques ? Toujours est-il que ce qui se révèlera à lui comme étant une synthèse, un tronc commun à toutes les religions, l’amènera à prendre une décision, celle de partir en Inde, berceau de la civilisation aryo-dravidienne et réceptacle des nombreuses traditions vivantes de l’Eurasie. Là, pense-t-il, il aura des confirmations de ce qui lui est apparu comme étant la pierre de touche qui fait d’un chercheur un trouveur.

Moins d’un mois après son arrivée à l’Université de Nalanda, dans l’État du Bihar, sa connaissance du sanskrit, du pali et du canon bouddhique lui permettent d’être ordonné moine, bhikshu, dans l’Ordre du Bouddha, le Sangha. Devenu le Vénérable Aryadeva, pour ne pas être à la charge d’une population qui a déjà du mal à subvenir à ses propres besoins, il enseigne la langue française à l’Université de Nalanda même, pendant deux ans, puis à l’Institut de sanskrit de Mithila, à Darbhanga, pendant treize ans. La maison qu’il occupera lui sera prêtée par le maharaja de Darbhanga.

Durant quinze ans, il parcourra la terre indienne et les pays limitrophes de l’Inde du Nord, s’aventurant derrière la frontière du Tibet chinois jusqu’au milieu des sadhu shivaïtes revêtus de cendres et porteurs de trident. Pris au milieu de tempêtes de neige dans l’Himalaya, subissant la chaleur torride des plaines de l’Inde ou confronté aux dégâts causés par la mousson, il continuera avec la même sérénité à faire face à toutes les situations. Il lui faudra traverser des jungles, parcourir à pied de longues distances pour atteindre un monastère, rencontrer et échanger avec des lamas érudits, avoir le privilège de consulter des livres anciens révélateurs d’une connaissance millénaire. Ainsi accumulera-t-il les renseignements relatifs à cette synthèse, cette clef qui ouvre la porte des mystères.

Il est si bien intégré que, lorsqu’il annonce son départ pour rentrer en France, aucun de ceux qui l’entourent ne le croit capable de rester loin de l’Inde. Mais il est une citation du Bouddha qu’il aime reprendre à son compte : « Partout où brillent le soleil, la lune et la Loi (le Dharma), je suis chez moi. »

Dans un monde en perte de valeurs et de repères, cette étude comparative des grandes religions et de leurs caractéristiques qui fut le travail et le support d’une existence ne répond-il pas au besoin de beaucoup d’hommes de s’ouvrir sur l’intelligence universelle ? Quoi qu’il en soit, comme d’autres avant lui et comme d’autres le feront après lui, Paul Adam est sorti victorieux de la bataille contre le doute et la crainte. Il est maintenant « la flamme claire et haute dans le lieu abrité du vent… ».

Editions Cap Régions : Bon de souscription

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